Le premier Ministre israëlien n’est, en fait, – depuis le début – pas d’accord avec le plan de paix de Donald Trump, qui a conduit à l’accord de cessez-le-feu du 10 octobre, même s’il ne le dit pas ouvertement.
Il a ainsi commencé par résister à la pression internationale afin qu’Israël respecte ses engagements dans le cadre de la première phase du plan : permettre un flux sans entrave d’aide humanitaire et arrêter le massacre de Palestiniens à Gaza. Or, plus de 450 Gazaouis, dont des femmes et des enfants, ont été tués depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Et Israël a empêché l’entrée des caravanes et abris nécessaires pour protéger du froid, qui balaie la région cet hiver, des dizaines de milliers de Gazaouis déplacés.
Netanyahou était tout aussi méfiant à l’égard de l’idée de Trump d’établir un « Conseil de la Paix » pour superviser la mise en œuvre de son plan, notamment la nomination d’un comité national palestinien pour diriger l’enclave, ainsi que l’invitation à des troupes internationales pour servir de force de stabilisation à Gaza. Lorsque Trump a dévoilé ce mois-ci la structure à quatre niveaux de son Conseil de la Paix – avec un comité exécutif, un comité national palestinien, un général américain à la tête de la force de stabilisation et un haut-commissaire pour faire le lien entre l’organe technocratique palestinien et le comité exécutif – Netanyahou s’est retrouvé contourné, sans levier dans ce nouveau cadre sur l’évolution de l’enclave.
Le président américain a également annoncé qu’il était temps de passer à la deuxième phase du plan, qui implique le retrait progressif de Tsahal de Gaza, en relation avec le désarmement du Hamas. Le véritable défi pour le Conseil de la Paix sera donc de forcer Netanyahou à adopter le plan et ses exigences. Un critère décisif sera l’ouverture du passage frontalier de Rafah. Trump a envoyé son gendre, Jared Kushner, et son envoyé spécial, Steve Witkoff, en Israël pour faire avancer cette étape, mais Netanyahou a résisté en réitérant que, pour que le passage s’ouvre, le Hamas devait remettre le corps du dernier captif israëlien. En réalité, en moins de 24 heures, l’armée israëlienne a trouvé les restes de l’otage dans une zone sous son contrôle à Gaza… Netanyahou s’est donc incliné, mais pas sans avoir posé de nouvelles conditions : il permettrait que le passage de Rafah s’ouvre non pas aux camions d’aide, mais uniquement aux piétons voyageant entre Gaza et l’Egypte, dans le contexte d’une « réouverture limitée »…
Pendant ce temps, Israël continue de refuser l’entrée de 15 membres dans le comité palestinien chargé d’assumer les responsabilités dans l’enclave. Quel que soit le résultat du voyage de Kushner et Witkoff en Israël, il est donc clair que Netanyahou continuera à se battre pour avoir le dernier mot sur la suite à Gaza. Alors que les deux envoyés américains rencontraient le Premier Ministre israëlien, des bombardements ont ainsi tué au moins trois Palestiniens dans différentes parties de l’enclave. L’armée israëlienne a également continué à étendre les zones sous son contrôle au-delà de la « ligne jaune » : on estime qu’elle occupe près de 60 % de Gaza, et les zones sous son contrôle ont été rasées ; en outre, Tsahal creuse de profondes tranchées pour empêcher les Palestiniens de retourner dans ce qui était leur foyer.
Le « Conseil de la Paix » de Trump a créé récemment des secousses à travers le monde, parce qu’il a reçu un mandat qui dépasse Gaza. La plupart des Occidentaux ont donc décliné l’invitation à le rejoindre, car ce conseil semble vouloir se substituer au Conseil de Sécurité des Nations Unies et est totalement dans la main du président Trump. Certains pays arabes et musulmans l’ont cependant fait, après une évaluation des coûts et bénéfices : travailler avec Trump et ses collaborateurs, au sein du « Conseil de la Paix », leur paraît préférable sur la question palestinienne et les affaires du Moyen-Orient, plutôt que risquer d’être exclu des délibérations.
L’Autorité Palestinienne n’a été représentée à aucun niveau du plan de Trump, et il est peu probable qu’elle ait un rôle dans un avenir proche, en attendant qu’elle ait été profondément transformée. Et l’on sait que le gouvernement Netanyahou ne veut pas entendre parler d’une institution palestinienne qui cherche à mettre en œuvre la solution à deux Etats.
Les récentes manœuvres politiques de Netanyahou ne sont donc pas de bon augure pour le « Conseil de la Paix » et le plan de paix de Trump. En réalité, le gouvernement israëlien actuel reste le plus grand obstacle à la fin du carnage à Gaza, à l’ouverture des passages frontaliers et à l’entrée libre de l’aide et du ravitaillement. Netanyahou et ses partenaires d’extrême droite défendent en réalité toujours un plan visant à expulser de force les Gazaouis de l’enclave, à conserver un contrôle militaire illimité sur la bande et à empêcher les efforts de reconstruction. L’ouverture du passage de Rafah mettra donc le plan de Trump et son « Conseil de la Paix » à l’épreuve, car il est clair que Netanyahou cherche à faire dérailler cet effort. Il prévoit désormais un autre point de passage, totalement contrôlé par Israël, à côté de Rafah à l’intérieur de Gaza, et il faut s’attendre à ce qu’il essaie d’imposer de nouvelles conditions qui le maintiendront dans le jeu.
Dans ces circonstances, il faut espérer que le président Trump admette qu’un seul homme s’oppose à la véritable fin de la guerre et à la mise en œuvre de son plan. L’intérêt de Netanyahou est en effet que la crise de Gaza se poursuive afin de maintenir sa coalition en vie et éviter d’être tenu responsable du fiasco du 7 octobre 2023. Le Premier Ministre israëlien cherche en fait les moyens de retarder le passage à la seconde phase : il rejette toujours tout rôle pour la Turquie et le Qatar au sein du Conseil exécutif ; il veut le dernier mot sur ce qui entre à Gaza et sur qui est autorisé à revenir ; il résistera au déploiement de troupes étrangères et trouvera des excuses pour ne pas retirer son armée de l’enclave.
Ce comportement devrait être évident pour la Maison Blanche, d’autant plus que les pays de la région – sauf Mohamed ben Zayed – sont persuadés que toute solution équitable de la question palestinienne sera impossible avec Netanyahou. Un seul homme est en réalité en mesure de faire les pressions nécessaires sur Israël pour l’amener à faire des concessions aux Palestiniens : Trump, mais le voudra-t-il ?


