10 ans d’ESL au Maroc : noces d’étain au rythme d’un Royaume en mouvement

13.02.2026 - Éditorial

Dix ans après le lancement d’ESL au Maroc en 2016, le bilan est clair : le Royaume a profondément changé d’échelle. Ce qui était alors un pari sur un marché en forte dynamique est devenu une évidence stratégique. Le Maroc s’est imposé comme un hub économique, industriel et financier majeur, avec une influence régionale et internationale croissante.

Durant cette décennie, la transformation a été tangible. Les projets structurants se sont multipliés — infrastructures, transition énergétique, industrie, finance, innovation technologique — consolidant les fondamentaux économiques du pays tout en accélérant son ouverture internationale.

Parallèlement, le Maroc attire davantage d’investisseurs et diversifie ses partenariats économiques et stratégiques. Cette dynamique confirme l’attractivité du Royaume et renforce progressivement sa place dans les grandes chaînes de valeur mondiales.

Dans le même temps, des entreprises marocaines ont franchi un cap décisif. Montée en gamme, expansion internationale, ambitions continentales : le pays n’est plus seulement un territoire d’accueil des investissements, il devient lui-même un acteur qui exporte savoir-faire, capitaux et influence économique. Cette évolution traduit une maturité nouvelle.

Mais cette montée en puissance s’accompagne aussi d’exigences accrues. À mesure que le Maroc gagne en visibilité, les enjeux d’image, de réputation et de perception deviennent stratégiques. La compétition ne se joue plus uniquement sur les performances économiques ou industrielles ; elle se joue aussi dans la manière dont un pays, ses institutions et ses entreprises sont compris, représentés et positionnés à l’international.

Pour l’État, ses agences comme pour les entreprises marocaines, cela suppose d’adopter une posture plus structurée. Le temps d’un développement reposant uniquement sur l’attractivité économique est révolu. Il devient nécessaire d’assumer des stratégies d’influence cohérentes, mobilisant intelligence économique, affaires publiques, lobbying, communication stratégique et présence digitale. Non pour embellir la réalité, mais pour accompagner un mouvement réel et en renforcer la lisibilité.

Il faut également accepter que la compétition informationnelle existe. D’autres acteurs cherchent naturellement à promouvoir leurs intérêts ou leurs positions. Ne pas investir ce terrain reviendrait à laisser d’autres définir l’image du Maroc à sa place.

La prochaine décennie sera probablement celle de cette affirmation. Le Royaume dispose d’atouts économiques, industriels et diplomatiques solides ; leur pleine valorisation passera aussi par la capacité à maîtriser la manière dont ils sont perçus et compris. Dans un monde où la confiance, l’image et l’information influencent directement les décisions d’investissement et de partenariat, cet enjeu devient central.

Après dix ans à observer et accompagner cette dynamique, une conviction s’impose : le Maroc a franchi un cap. La phase qui s’ouvre appelle désormais autant de maîtrise de l’influence que de performance économique. C’est un enjeu de compétitivité — et de plus en plus, un enjeu de souveraineté. Rendez-vous aux noces de porcelaine.

 

Doha Lkasmi
PhD candidate et enseignante en science politique à Sciences Po Paris, diplômée en droit des affaires d'Assas et de la Sorbonne, et en War studies de King's College London, Doha LKASMI a un double cursus d'internationaliste et de juriste. Elle compte à son actif plusieurs expériences professionnelles en tant que chargée de mission en postes diplomatiques, conseillère en matière de sécurisation des investissements au Maroc et chercheuse en relations internationales au CERI et à Yale University. Doha LKASMI occupe le poste de Directrice générale adjointe du bureau ESL Rivington Maroc.