Que pourrait faire l’Europe pour s’impliquer d’avantage sur le dossier moyen-oriental ?
L’Union Européenne vient de faire la preuve au sujet du Groenland que, lorsqu’elle parle d’une seule voix et fait preuve de détermination, elle est capable de faire valoir son point de vue à Washington. Certes le recul du président Trump résulte d’autres facteurs – notamment internes aux Etats-Unis – mais le soutien de l’Europe au Danemark a été déterminant.
En revanche on ne peut que regretter que sur le dossier du Moyen Orient – où les » voisins » européens ont des intérêts majeurs – leur parole soit quasiment inaudible. Dans l’incertitude actuelle sur l’issue du bras de fer américano-iranien, les seuls vrais acteurs sont en effet, d’un côté Israël et de l’autre le consortium sunnite Turquie- Golfe-Egypte, auquel est plus ou moins associé le Pakistan alors qu’en 2015 les Européens avaient joué un rôle important dans l’accord sur le nucléaire iranien. Certes, l’on sait que les Européens ne sont pas tous sur la même ligne s’agissant notamment du conflit israëlo-palestinien et que Téhéran n’est intéressé que par un accord avec Washington.
Dans ces conditions que peuvent faire les Européens ?
Ce qui est intéressant aujourd’hui c’est de voir la mobilisation des pays de la région pour tenter d’éviter une escalade dangereuse au Moyen Orient. La Turquie, en cas de conflagration, ne souhaite pas voir arriver des millions de réfugiés iraniens sur son sol, comme elle l’a connu avec la Syrie. Les pays du Golfe ont eux pour priorité de réussir leur politique de diversification économique et de grands projets, qui serait mise à mal si une guerre faisait fuir les investisseurs internationaux. En outre ils connaissent leur vulnérabilité en cas de conflit et préfèrent s’accommoder d’un régime iranien très affaibli, incapable de les concurrencer sur le plan économique. Les uns et les autres ont donc fait valoir leurs arguments auprès de Trump en plaidant pour un arrangement régional avec l’Iran, qui aurait par ailleurs pour mérite de leur éviter de tomber sous l’influence dominante d’un Netanyahou triomphant et intransigeant.
Sur le fond, il est clair que les Européens ont une vraie convergence avec les pays du Golfe, l’Egypte et la Turquie : ils souhaitent écarter une escalade qui aurait des effets très négatifs sur l’économie mondiale et ils sont favorables à une stabilisation du Moyen Orient. Cela implique un arrangement avec Téhéran, à condition d’arrêter le programme nucléaire militaire iranien, d’encadrer son programme balistique et d’obtenir la fin des menées déstabilisatrices des milices pro-iraniennes. Naturellement les Européens n’ont en outre guère de sympathie pour le régime oppressif iranien, mais ils sont conscients que ce dernier se battra à mort pour subsister et que malheureusement il n’existe pas encore une vraie opposition organisée. La discussion sur tous ces points sera donc très difficile avec des négociateurs iraniens rompus à ce genre d’exercice. La pression militaire américaine devrait cependant permettre d’obtenir certaines concessions de Téhéran. C’est en tout cas ce qu’espèrent tant les Européens que les pays du Golfe, l’Egypte et la Turquie, qui sont aujourd’hui très actifs dans leur médiation entre Washington et Téhéran.
La France a par ailleurs habilement pris l’initiative conjointe avec l’Arabie Saoudite de militer pour la solution à deux Etats dans le conflit israëlo-palestinien et elle a entrainé d’autres pays européens dans la reconnaissance d’un Etat palestinien. Cela nous a donné un crédit certain auprès des pays du Moyen Orient, sauf bien sûr de la part du gouvernement de M.Netanyahou. Aujourd’hui ce dernier essaie d’entraver la mise en place de la deuxième phase du plan Trump à Gaza, mais là aussi il a en face de lui les mêmes pays (Egypte, Golfe, Turquie) qui préconisent une solution équitable pour les Palestiniens. La France et l’Europe auraient donc intérêt – pour renforcer leur main vis-à-vis de Washington dans cette région – à se coordonner ouvertement avec les pays concernés de la zone pour faire avancer un règlement susceptible de stabiliser enfin le Moyen Orient.
Concrètement, face à la fragmentation de l’ordre international, il serait souhaitable que les Européens lancent de concert avec les pays du Golfe, l’Egypte et la Turquie, une initiative de solution globale des problèmes du Moyen Orient couvrant tant un arrangement avec l’Iran qu’un règlement de la question palestinienne : mise en œuvre du plan de paix Trump ( y compris la perspective d’un Etat palestinien ), arrêt du programme nucléaire militaire iranien, encadrement de son programme balistique et fin de l’appui de Téhéran aux milices pro-iraniennes dans la région. C’est un objectif ambitieux, mais la conjonction des efforts européens et des alliés des Etats-Unis dans la région est la seule façon de contraindre à la fois Téhéran à faire des concessions et le gouvernement Netanyahou à renoncer à ses ambitions hégémoniques ; et cela en prenant en compte le rôle incontournable des Etats-Unis, tout en donnant enfin une place aux Européens dans la gestion des crises de la région. La France pourrait et devrait en être le moteur.


