SIA 2026 : Une année particulière

06.03.2026 - Regard d'expert

L’édition 2026 du Salon International de l’Agriculture (SIA) s’est tenue dans une relative morosité, malgré le volontarisme des professionnels présents. Marqué par l’absence inédite de bovins, le rendez-vous de la ruralité a davantage attiré les politiques que les foules, à un an de l’échéance présidentielle. 

C’est un constat partagé parmi les exposants rencontrés par nos équipes la semaine dernière dans les allées du Parc des Expositions de la Porte de Versailles : l’édition 2026 du SIA n’était pas comme les autres. Une impression confirmée par les chiffres : la fréquentation a chuté de 28% par rapport à 2025, avec 437 000 visiteurs contre 607 000 l’an passé.

Le principal facteur de cette désaffection reste l’absence historique des bovins – attraction centrale de l’événement depuis sa création – pour la première fois en 62 ans, du fait de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse. Mais à cette faiblesse conjoncturelle s’ajoute un malaise plus profond, qui traverse le monde agricole depuis plusieurs années. Les dernières éditions avaient déjà donné lieu à des affrontements, en particulier en 2024, lorsqu’Emmanuel Macron avait dû ferrailler avec les représentants syndicaux avant même de pouvoir couper le ruban. Depuis, l’échec des négociations sur le Mercosur et l’adoption de la loi d’orientation agricole sont passés par là, laissant moins place à la colère qu’à la résignation.

Cette morosité ambiante n’a toutefois pas empêché les acteurs présents de faire entendre leurs constats et leurs propositions aux nombreux politiques de passage, dans un salon de fait davantage tourné vers les échanges professionnels que vers le grand public — avec, dans toutes les têtes, l’élection présidentielle de 2027.

Plus de 80 visites institutionnelles étaient en effet attendues, dont de nombreux candidats – putatifs ou déclarés – à la présidentielle. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, avait lui-même annoncé vouloir faire du SIA un point de départ de la campagne présidentielle, estimant que le scrutin devrait « clarifier la vision stratégique de l’agriculture ».

Bruno Retailleau, candidat déclaré à la présidentielle, a occupé le terrain avec méthode, profitant de la popularité traditionnelle de la droite dans les milieux agricoles, pour avancer ses propositions, reposant majoritairement sur la réduction des normes. François Ruffin a également laissé une impression plutôt positive aux représentants syndicaux présents, notamment sur la question du libre-échange et du juste revenu des agriculteurs.

De leur côté, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont davantage enchaîné les selfies que les propositions de fonds. Gabriel Attal, qui n’a pas oublié qu’il devait une partie de son capital politique à la gestion de la crise agricole de 2024, s’est fait remarquer sur le stand de l’Aveyron et a plaidé pour « un Nouveau Pacte de la Nation avec nos agriculteurs ».

L’an prochain, les candidats à la présidentielle tenteront sans doute d’invoquer l’esprit de Jacques Chirac, dont la complicité naturelle avec le monde agricole reste la référence absolue en la matière.

Anne-Laure Cattelot
Spécialiste des politiques publiques européennes, nationales et territoriales, Anne-Laure Cattelot entame sa carrière professionnelle au Parlement européen. Elle poursuit en pilotant des projets européens au CNRS et au Conseil général des Côtes d’Armor, et travaillera au cabinet de Claudy Lebreton, président de l’ADF. Elle rejoint ensuite celui du président de la Métropole européenne de Lille, Damien Castelain, où elle gère les dossiers liés aux transports et au développement économique. En 2017, elle est élue députée du Nord. Elle siège au sein de la commission des Finances de l’Assemblée nationale et est nommée co-rapporteure spéciale du budget infrastructures et services de transports. Elle a été missionnée deux fois par le Premier ministre et a produit des rapports sur le déploiement de l’industrie du futur 4.0, et sur l’avenir des forêts et de la filière bois en France. Elle rejoint en juillet 2022 le cabinet Rivington en tant que Directrice générale adjointe. Elle occupe la fonction de Directrice Associée d’ESL Rivington et de Managing Partner d’ESL European Affairs. Depuis janvier 2025, elle occupe la fonction de Vice-Présidente du Pôle « Influence » de l’ADIT.