Après près de trois semaines de conflit au Moyen-Orient, peut-on espérer une désescalade ?

20.03.2026 - Regard d'expert

Le président Trump annonce régulièrement que la victoire est proche, que l’Iran veut négocier et que la fin de la guerre est pour bientôt. En revanche, le Premier ministre israélien affirme qu’il a toujours l’intention de « finir le travail », en Iran comme au Liban (avec le Hezbollah). Et les autorités iraniennes déclarent, de leur côté, qu’elles n’ont plus aucune raison de négocier et qu’elles continueront la guerre tant qu’elles n’obtiendront pas de garanties sérieuses que l’Iran ne sera plus attaqué à l’avenir.

Sur le fond, il est clair pour tous que c’est le président Trump qui proclamera la fin des hostilités lorsqu’il estimera qu’il peut déclarer une victoire des États-Unis, avec en perspective les élections américaines de mi-mandat. Toutefois, le bilan de cette guerre est loin d’être évident à ce stade, et il n’est pas dit que le régime de Téhéran — s’il survit à ce conflit — ne continuera pas à mener des actions visant à perturber l’économie mondiale tant qu’il n’aura pas obtenu ce qu’il souhaite.

À court terme, la perspective d’un arrêt de la guerre semble peu probable :

L’Iran parvient à maintenir à peu de frais le blocage d’Ormuz, sauf pour les navires de pays amis ou neutres (notamment chinois et indiens). L’opération annoncée par Trump d’accompagnement militaire des navires est délicate et n’a, à ce jour, pas été mise en œuvre. Et tous les pays occidentaux priés par le président américain d’ouvrir par la force le détroit se sont abstenus de répondre positivement.

Trump et Netanyahou encouragent par ailleurs les pays du Golfe à intervenir contre l’Iran en réponse aux frappes iraniennes qu’ils subissent. Mais si ces États souhaitent que la coalition élimine autant que possible les capacités de nuisance de l’Iran, ils hésitent à s’impliquer directement car ils sont conscients de leur vulnérabilité si l’Iran s’attaque à leurs installations vitales (usines de dessalement de l’eau de mer, installations pétrolières et gazières, centrales électriques). En outre, ils s’interrogent sur la fiabilité des engagements de Trump et se méfient des ambitions hégémoniques de Netanyahou dans la région. Cela étant, si les Iraniens détruisaient leurs installations vitales, leur position pourrait changer.

Le président Trump envoie actuellement des milliers de Marines dans le Golfe qui devraient être sur zone dans les jours qui viennent. Quel est l’objectif visé ? Contrôler l’île de Kharg pour stopper l’exportation de brut iranien ? Tenter de récupérer les 440 kilos d’uranium enrichi iranien ? Anéantir les défenses côtières iraniennes qui menacent les navires souhaitant circuler dans le détroit d’Ormuz ? On ne le sait pas, mais ces forces ne sont pas destinées à faire de la simple dissuasion.

S’agissant du front libanais, la situation est tout aussi inquiétante. Le Premier ministre israélien entend clairement éliminer définitivement la menace que fait peser le Hezbollah sur la sécurité d’Israël. Ce mouvement pro-iranien, en frappant Israël sur instruction de Téhéran, donne un argument à Netanyahou pour aller jusqu’au bout ; d’autant plus que si les Israéliens sont très dépendants de l’assistance militaire et financière américaine sur le front iranien, cela est moins le cas au Liban. Et il est clair que le président Trump laisse carte blanche à Netanyahou dans ce pays, ce qui signifie que les opérations pourraient s’y poursuivre même après la fin des hostilités dans le Golfe.

Dans ces conditions, la désescalade ne paraît pas être la perspective la plus probable, ce qui est dramatique pour les populations en Iran et au Liban.

Ce conflit montre que si la préparation militaire de la coalition américano-israélienne a prouvé son efficacité redoutable, certains aspects ont été apparemment sous-estimés : la résilience du régime iranien, l’espèce de résignation de la population iranienne coincée entre les frappes de la coalition et l’oppression du régime (et déçue par les promesses de Trump), et surtout la capacité des Iraniens à mener une guerre asymétrique en créant le chaos au Moyen-Orient et en perturbant l’économie mondiale.

Aujourd’hui, le président Trump fait face à l’impopularité de cette guerre dans l’opinion américaine, au manque de soutien des pays occidentaux et au risque d’une crise énergétique mondiale qui aurait un impact sur l’économie américaine. Sa stratégie de sortie de crise est tout sauf claire, ce qui est en soi un facteur d’incertitude majeur.

En revanche, la détermination de Netanyahou paraît inébranlable à en juger par son élimination d’Ali Larijani — considéré par les Américains comme un interlocuteur possible au sein du régime iranien — d’autant plus que sa politique est soutenue par l’opinion publique israélienne et qu’il peut ainsi espérer être réélu, évitant d’être inculpé pour corruption dans le cas contraire. Cette perspective est inquiétante pour la population libanaise qui, tout en souhaitant dans sa majorité sortir de la mainmise du Hezbollah sur le pays, voudrait éviter les victimes — déjà nombreuses — et les destructions qu’a connues Gaza.

S’agissant enfin des pays du Golfe, ils voient avec exaspération et désespoir — si le conflit perdure — s’envoler leurs rêves de devenir des paradis de stabilité, de développement et de loisirs qu’entrevoient leurs « Vision 2030 ». Quelle que soit l’issue de la guerre, ils devront rétablir leur attractivité et adapter leurs stratégies de sécurité à la nouvelle donne : préserver une protection américaine mais diversifier leurs partenaires (au profit de la Chine ?), renforcer leur politique de pluri-alignement et de partenariat avec certains grands pays du Sud global, redéfinir leurs relations avec l’Iran et avec Israël, accroître leur coopération avec la Turquie et le Pakistan ? Sur le plan économique, il faudra certainement revoir leurs priorités et renoncer à certains projets trop ambitieux.

La Russie bénéficie actuellement de la guerre en vendant ses hydrocarbures à meilleur prix en Asie, mais cet effet d’aubaine ne durera pas éternellement.

Quant à la France, elle essaie d’œuvrer à la stabilisation de la région en préconisant la reprise des négociations, notamment au Liban. Il faut espérer qu’elle et l’Europe sauront profiter des interrogations des pays du Golfe sur la nouvelle donne qui s’établira au Moyen-Orient pour y défendre leurs intérêts dans cette zone qui demeurera stratégique.

Bertrand Besancenot
Bertrand Besancenot est Senior Advisor au sein d’ESL Rivington. Il a passé la majorité de sa carrière au Moyen-Orient en tant que diplomate français. Il est notamment nommé Ambassadeur de France au Qatar en 1998, puis Ambassadeur de France en Arabie Saoudite en 2007. En février 2017, il devient conseiller diplomatique de l’Etat puis, après l’élection d’Emmanuel Macron en tant que Président de la République, Émissaire du gouvernement du fait de ses connaissances du Moyen-Orient.