Le titre de notre éditorial est bien sûr un tantinet provocant alors que vient de se dérouler un exercice démocratique de grande ampleur dans notre pays. 36000 communes sont désormais pourvues d’un maire, d’un conseil municipal, et dans quelques jours les intercommunalités et métropoles désigneront leur exécutif. La participation a été de 57%, chiffre plutôt faible pour un scrutin qui intéresse habituellement les Français (62% en 2014, 2008 et 2001) mais sans que ce soit un signe de désaffection démocratique.
Tous les observateurs de la vie politique, dont les experts de NSI Group que nous sommes, attendaient ce scrutin avec gourmandise pour déceler des tendances, écarter des hypothèses, anticiper les rapports de force à 14 mois de l’élection présidentielle. C’est sur ce plan que la lecture des résultats et les enseignements qui s’en dégagent peuvent nous laisser penser que rien n’a beaucoup avancé et que le paysage politique reste extrêmement confus et fragmenté.
La soirée électorale du deuxième tour a montré les mines réjouies des représentants des appareils politiques de tous bords – à l’exception peut-être des Verts –, qui, plus encore qu’à l’habitude, expliquaient les raisons de leurs succès. De l’extrême gauche à l’extrême droite, tout l’arc en ciel politique avait de quoi dire.
LFI pouvait jubiler de voir le mouvement s’ancrer dans les territoires, remporter peu de succès mais quelques victoires spectaculaires (à Saint Denis, Roubaix, La Courneuve), d’être au centre des conversations de la gauche. Le Parti Socialiste, attaqué sur sa stratégie d’alliance locale au cas par cas avec LFI, qui s’est révélée plutôt perdante (à Brest, Avignon, Clermont Ferrand etc), pouvait légitimement se congratuler de quelques beaux succès (à Strasbourg, Saint Étienne, Amiens ou Pau) et de sa résilience dans les très grandes villes (à Paris, Marseille, Lille, Montpellier, Rennes). Le bloc central, heureux de son succès sans bavure au Havre, se réjouissait de la conquête de Bordeaux, de ses victoires à Nevers, Bayonne, Tarbes. Les LR se confirmaient premier parti d’élus de France et compensaient quelques défaites (notamment à Nîmes) par de belles victoires (à Clermont Ferrand, Brest, Limoges, Besançon) et la conservation de Toulouse promise à la gauche. Enfin, le RN confirmait une implantation territoriale spectaculaire. Sa déception à Toulon et sa défaite à Marseille étaient largement compensées par ses victoires à Carcassonne, Castres, Agde, Menton, Orange, La Flèche, Liévin et celle de leur allié à Nice.
Quelles peuvent être, dès lors, les conséquences de ces succès croisés sur les stratégies présidentielles des principaux prétendants ?
À gauche, il y aura au moins deux candidats : Jean-Luc Mélenchon est conforté dans sa stratégie de radicalité, de radicalisation, de communautarisme, de violence verbale. LFI est persuadé de jouer et de gagner le rapport de force interne à la gauche. La gauche de gouvernement, la social démocratie, vomissant Mélenchon, reste en quête de son champion. Raphaël Glucksmann, conforté par le rejet des alliances locales PS/LFI/Verts (à l’exception de Nantes et de Lyon) reste concurrencé par François Hollande, Jérôme Guedj, François Ruffin, Marine Tondelier, et quelques autres. Sans primaire, le choix d’un leader sera bien difficile à trouver. Bloc central et LR restent dans une guerre de position dont on ne voit pas pour l’instant l’issue. Chefs de partis, Gabriel Attal et Bruno Retailleau disposent de troupes et d’argent. On ne les voit pas renoncer pour l’instant. Édouard Philippe, fort de son succès au Havre, entend prendre l’initiative mais Horizon n’est pas Raison… Restent en plus David Lisnard, Xavier Bertrand, Dominique de Villepin etc… Aucun n’est éliminé. Les élections municipales n’ont pas soigné les égos. Enfin, le RN poursuit son chemin. Jordan Bardella et (ou) Marine Le Pen, selon les décisions de justice, sont à peu près assurés l’un ou l’autre d’être présent au deuxième tour de l’élection présidentielle. Cela ne signifie pas qu’il sera facile d’atteindre les 50% au deuxième tour. Mais c’est plus confortable de faire la course en tête. Tous les autres se battent pour la deuxième place.
Les élections municipales n’ont pas tordu le coup à l’hypothèse d’un deuxième tour Bardella (ou Le Pen) – Mélenchon. Il va falloir que le PS, le bloc central et la droite républicaine fassent un gros effort sur eux-mêmes pour l’empêcher. En sont-ils capables ? Les prochaines semaines seront décisives.
Alexandre MEDVEDOWSKY & Anne-Laure CATTELOT


