L’annonce par le président Trump qu’il reporte de 5 jours son ultimatum à l’Iran et que des discussions avec Téhéran seraient déjà parvenues à des « accords majeurs » – pour surprenante qu’elle soit – ne peut qu’être bien accueillie. Car si la menace de frappes sur les centrales électriques iraniennes était mise à exécution, il y avait un risque d’une escalade dangereuse menant à un drame humanitaire – des millions de personnes dans le Golfe privées d’eau et d’électricité – et à une crise énergétique et économique mondiale du fait de frappes en retour sur les installations pétrolières et gazières de la région.
La question qui se pose d’abord est pourquoi ce revirement du président américain ? Il semble qu’il soit lié aux craintes des milieux d’affaires américains devant un risque d’enlisement et même du Pentagone en raison notamment de tensions sur les stocks de missiles. Il tient sans doute aussi aux pressions des pétromonarchies du Golfe, affolées par la perspective de dommages graves sur leur ressource essentielle, et par les efforts diplomatiques de ces mêmes pays, de concert avec le Pakistan et la Turquie inquiets des conséquences d’un embrasement de la zone.
Le président Trump tente donc une fois encore d’obtenir par une négociation sous la pression militaire des concessions du régime iranien allant au-delà de l’accord nucléaire de 2015. Cela ne signifie pas pour autant la cessation des frappes sur les sites non-énergétiques, ni que le président ait renoncé à une opération des Marines pour forcer le déblocage du détroit d’Ormuz. Trump a également évoqué un changement de régime à Téhéran.
Les Iraniens ont de leur côté nié l’existence de telles discussions avec les Américains. Ce faisant, ils veulent montrer qu’ils sont prêts à poursuivre une guerre d’usure et qu’ils disposent encore d’une capacité de nuisance : drones et missiles, intervention des Houthis en mer rouge, terrorisme. En réalité, ils souhaiteraient arrêter la casse, tout en préservant le régime et ses capacités de dissuasion, et en tentant d’obtenir par une négociation in fine un engagement contraignant qu’il n’y ait plus d’attaques américaines et israéliennes sur l’Iran ainsi qu’une levée des sanctions .
Naturellement, Netanyahou n’est pas satisfait de ce développement, car il tient toujours à « finir le travail » en Iran et au Liban (en éliminant le Hezbollah). Mais il sait qu’il dépend étroitement des Etats-Unis, militairement, financièrement et politiquement.
Il existe donc une opportunité de négociation, mais elle se heurte à une série d’obstacles :
- Téhéran a démenti l’existence-même de discussions avec les Etats-Unis et conserve apparemment une capacité de frappe par missiles et drones.
- Le problème essentiel est que les positions des protagonistes sont très éloignées et difficilement conciliables, notamment sur le programme balistique iranien et sur une levée immédiate des sanctions américaines. Quand le président Trump évoque des « accords majeurs », cela va-t-il au-delà d’un modus vivendi dans le détroit d’Ormuz ?
- On peut penser que le président américain cherche surtout – outre faire baisser le cours du pétrole – à gagner du temps pour permettre à ses Marines d’être sur site et de mener une opération de commando pour « débloquer » le détroit d’Ormuz.
- Netanyahou de son côté fera tout pour que cette négociation n’aboutisse pas et on sait qu’il a été capable à plusieurs reprises d’entraîner Trump vers ses propres objectifs. Il a d’ailleurs rappelé qu’il avait l’intention de poursuivre ses opérations en Iran et au Liban.
- Les Gardiens de la Révolution – qui tiennent en main l’Iran – peuvent persévérer dans leur guerre d’usure en espérant que leur résistance obligera Trump à arrêter le conflit.
La conclusion que l’on peut tirer de cette situation est qu’il faut souhaiter que les discussions ne soient pas seulement une partie de « poker menteur » et permettent d’éviter une escalade très dangereuse ; mais que si la négociation se confirme, elle a toutes les chances d’être très difficile et de ne pas aboutir, car elle met aux prises des protagonistes intransigeants et roués.
De son côté, la France fait ce qu’elle peut pour encourager une désescalade et tenter de protéger le Liban ; mais elle n’est pas un acteur majeur, même si elle est clairement le pays européen le plus actif politiquement au Moyen Orient.


