VIVE LE VENEZUELA LIBRE !(Espérons…): La chute de l’État-cartel : chronique d’un tournant historique
L’aube du 3 janvier 2026 marque un point de bascule, non seulement pour le Venezuela, mais pour l’ensemble de l’hémisphère occidental. Dans une opération militaro-policière d’envergure frappant le cœur même du pouvoir chaviste, les États-Unis ont procédé à l’arrestation de Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Quelques heures plus tard, le président Donald Trump confirmait leur exfiltration du pays ; ils devront désormais répondre de chefs d’accusation de narcoterrorisme devant la Cour fédérale du district sud de New York (SDNY). C’est cette même juridiction qui, par le passé, a scellé le sort de certains des narcotrafiquants les plus redoutables de ces dernières décennies. Loin d’être le fruit de l’improvisation, cette opération est l’aboutissement d’une architecture juridique et de renseignement dont la construction remonte à l’année 2020.
Dès lors, l’action américaine ne saurait être interprétée comme une intervention classique contre un gouvernement souverain, mais plutôt comme l’exécution de mandats d’arrêt visant les têtes pensantes d’un réseau narcoterroriste, formellement désigné comme tel par les autorités compétentes des États-Unis.
De l’État failli au narco-État
L’acte d’accusation présenté par le Parquet fédéral de New York en mars 2020 décrivait avec une précision chirurgicale l’architecture criminelle présidée par Maduro. Le « Cartel des Soleils » — une appellation faisant référence aux insignes dorés ornant les épaulettes des généraux vénézuéliens — n’est pas une bande marginale parasitant l’État : c’est l’État lui-même mis au service du crime. Généraux, hauts responsables de la police, ministres, magistrats et le chef du régime lui-même se seraient coordonnés pour mettre les ports, aéroports, bases aériennes, entreprises publiques et banques d’État au service du trafic massif de cocaïne vers les États-Unis et l’Europe.
À ce maillage s’ajoute le Tren de Aragua. Organisation née comme gang carcéral au sein du centre pénitentiaire d’Aragua, elle s’est muée, sous protection officielle, en une véritable hydre criminelle hémisphérique. Ses tentacules s’étendent au Pérou, au Chili, en Colombie, au Brésil et, de manière croissante, aux États-Unis et en Europe. Ses activités dépassent largement le narcotrafic : la traite des êtres humains, l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants, les assassinats commandités (sicariato), l’extorsion, le trafic d’armes et le blanchiment de capitaux font partie de son répertoire. Rien de tout cela n’aurait pu se produire à l’échelle continentale sans le parrainage actif du régime chaviste.
Le 25 juillet 2025, le Département du Trésor américain a franchi un pas décisif en classant le Cartel des Soleils comme « Organisation terroriste mondiale spécialement désignée » (Specially Designated Global Terrorist – SDGT). Cette sanction soulignait explicitement que Nicolás Maduro dirige l’organisation et que le cartel fournit un soutien matériel tant au Tren de Aragua qu’au Cartel de Sinaloa, l’un des groupes narcotrafiquants les plus puissants et violents au monde. Quelques mois auparavant, le 20 février 2025, le Département d’État avait désigné le Tren de Aragua comme Organisation terroriste étrangère (Foreign Terrorist Organization – FTO), le hissant au niveau d’autres acteurs mêlant criminalité et terreur.
À ce tableau s’ajoutent les alliances du régime avec les guérillas colombiennes. Les dissidences des FARC et l’Armée de libération nationale (ELN) ont trouvé en territoire vénézuélien un sanctuaire sûr pour planifier leurs opérations, entraîner leurs combattants et gérer des laboratoires de cocaïne. De hauts responsables de la sécurité américaine avertissent depuis des années que le Venezuela s’est transformé en un « État narcoterroriste » : non pas un État qui tolère le délit, mais un État dont la raison d’être a fusionné avec l’économie criminelle et les organisations terroristes régionales.
Légitimité et légalité de l’action
La question centrale n’est pas seulement de savoir si les États-Unis pouvaient agir, mais s’ils en avaient l’obligation. Du point de vue juridico-politique, Maduro n’est pas reconnu comme chef d’État légitime par les grandes démocraties. À la suite de la fraude électorale de 2018 et de l’invocation ultérieure de la Constitution par l’Assemblée nationale en 2019, plus de cinquante pays — États-Unis et une grande partie de l’Union européenne en tête — ont refusé de le reconnaître. Les élections de juillet 2024, conçues pour « blanchir » son maintien au pouvoir, n’ont fait que confirmer l’usurpation.
Parallèlement, les désignations terroristes et les accusations pénales ont configuré un échafaudage juridique formidable. Maduro et plusieurs de ses plus proches collaborateurs ont été inculpés en 2020 devant la justice fédérale américaine pour complot de narcoterrorisme, conspiration en vue d’importer de grandes quantités de cocaïne sur le territoire américain, ainsi que pour usage et possession d’armes de guerre et d’engins destructeurs liés à ces activités. Le cumul des peines minimales et maximales pour ces chefs d’accusation expose Maduro à une condamnation potentielle allant d’un minimum de trois décennies de prison de haute sécurité à la réclusion à perpétuité sans possibilité de liberté conditionnelle.
À cela s’ajoutent les récompenses croissantes offertes pour sa capture — atteignant le chiffre sans précédent de 50 millions de dollars —, signe de la priorité stratégique assignée au dossier. Dans la logique américaine, il ne s’agit plus d’un adversaire politique, mais du capo d’une organisation combinant narcotrafic, terrorisme et corruption à l’échelle mondiale.
Dans cette perspective, l’opération du 3 janvier ne peut être assimilée sans nuance à une « invasion » contre un gouvernement souverain. Elle s’apparente davantage à la localisation et à la capture du chef d’une organisation terroriste formellement désignée comme telle, et qui utilise l’appareil d’État comme bouclier et outil. Il n’est pas nécessaire d’adhérer à tous les postulats de la doctrine américaine pour reconnaître que le terrain légal s’est déplacé : la ligne séparant la non-intervention du devoir de protéger les sociétés face à un État-cartel est devenue floue.
Conséquences pénales et stratégiques
Maduro et Cilia Flores comparaîtront devant la justice dans le district sud de New York, face au juge fédéral Alvin Hellerstein, magistrat doté d’une vaste expérience dans le jugement des réseaux de narcotrafic international. Le message est limpide : nul n’est au-dessus des lois lorsqu’il utilise la puissance de l’État pour commettre des délits d’une telle magnitude. L’administration Trump a insisté sur le fait que cette détention s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre le narcoterrorisme hémisphérique.
L’impact interne au Venezuela sera profond. L’arrestation du leader suprême du régime ouvre une phase d’incertitude, de luttes intestines et de possibles fractures au sein de la coalition chaviste. Les généraux qui, des années durant, se sont enrichis sous le parapluie du Cartel des Soleils sont en débandade ; nombre d’entre eux négocient sans doute déjà secrètement avec la justice américaine.
« On ne négocie pas avec les criminels »
Mon vieil ami Pedro Mario Burelli, ancien directeur de PDVSA et analyste lucide de la tragédie vénézuélienne, a toujours affirmé : « Le régime chaviste n’est pas un gouvernement légitime, c’est une organisation criminelle. On ne négocie pas avec les criminels : on les livre à la justice. » Cette maxime a fini par s’imposer dans les faits. La capture de Maduro cristallise l’idée que la communauté internationale, et en particulier les États-Unis, a cessé de concevoir le chavisme comme un interlocuteur politique pour le traiter comme ce qu’il est : la coupole d’un cartel disposant d’un drapeau.
Le choix pour le Venezuela est brutalement simple : continuer d’être un État-cartel allié aux régimes hostiles à l’Occident, ou redevenir une nation normale, pleinement intégrée à la communauté internationale. La capture de Maduro ne résout pas, à elle seule, la dévastation économique, sociale et morale d’un pays qui fut l’un des plus prospères d’Amérique latine et qui est aujourd’hui une narco-dictature d’une dangerosité extrême.
Pour la première fois depuis vingt-six ans, il existe une opportunité réelle de démanteler, pas à pas, la structure du crime organisé qui a pris le Venezuela en otage. La tâche est titanesque : convertir ce point d’inflexion en le début d’une ère de liberté, de justice et de reconstruction.


