La plupart des observateurs considèrent que ni Trump ni le régime de Téhéran ne souhaitent une reprise de la guerre, qui entraînerait la destruction des installations énergétiques et civiles en Iran mais aussi dans les pays du Golfe. Cela aggraverait la crise énergétique mondiale, aurait des conséquences graves sur les plans humanitaire et environnemental, et constituerait de fait un échec pour les deux parties.
C’est la raison pour laquelle le président Trump a prolongé le cessez-le-feu « jusqu’à la soumission d’une proposition commune de l’Iran », suggérant ainsi des désaccords au sein du régime de Téhéran.
En réalité nous assistons à une guerre des nerfs et à des intimidations réciproques – y compris des interventions militaires limitées autour du détroit d’Ormuz – qui correspondent à une posture connue avant une négociation. Toutefois la patience de Trump n’est pas illimitée et, du côté iranien, on constate apparemment des discussions difficiles entre les partisans d’un compromis (Qalibaf et le ministre des affaires étrangères) et les durs des Gardiens de la Révolution. En l’absence de progrès dans les contacts en cours, on ne peut malheureusement pas exclure un dérapage et une reprise de la guerre.
Pourtant sur le dossier nucléaire – qui demeure le sujet principal du conflit – des formules de compromis (sur une suspension pendant quelques années de l’enrichissement de l’uranium iranien et sur la dilution du stock d’uranium enrichi à 60 %) sont sur la table. Et l’on sait que, d’un côté, Téhéran souhaite maintenir son droit à l’enrichissement sur son sol et que, de l’autre, Trump veut surtout pouvoir déclarer qu’il a obtenu un meilleur « deal » que l’accord nucléaire de 2015 (obtenu par un prédécesseur démocrate). Un compromis où chacun garderait la face est donc possible.
Mais l’opposition la plus dure actuellement porte sur la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. Les Gardiens de la Révolution estiment que leur capacité à bloquer le détroit constitue l’arme de dissuasion la plus efficace pour préserver leurs intérêts ; et Trump considère, lui, que son contrôle de la circulation en mer d’Oman – visant à asphyxier l’économie iranienne en l’empêchant d’exporter son brut – est une carte imparable à laquelle il n’est prêt à renoncer qu’en échange de concessions importantes du régime de Téhéran.
Les Iraniens sont cependant persuadés que le temps joue pour eux, car les conséquences économiques du blocus sur l’économie mondiale finiront par contraindre Trump à lâcher prise dans la perspective des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Et le président américain pense de son côté que le régime iranien ne pourra pas tenir longtemps sans ressources tirées de de l’exportation de son pétrole.
Face à cette impasse et à l’absence de confiance entre les protagonistes, les Pakistanais et leurs alliés (Arabie Saoudite, Turquie, Egypte, Qatar ) tentent de trouver une formule de compromis en faisant pression tant sur Washington que sur Téhéran (avec l’aide de la Chine).
Les enjeux paraissent en effet trop importants pour que ces efforts ne parviennent pas – espérons-le – à trouver une solution, même partielle ou provisoire : L’idée est de rouvrir le détroit d’Ormuz à certaines conditions pour reprendre le trafic pétrolier et gazier, et ainsi permettre d’engager la négociation sur les autres volets du conflit, en traitant en priorité le dossier nucléaire (très important notamment pour Israël).
Il serait naturellement présomptueux de prévoir le temps que va durer cette guerre de nerfs, mais il y a urgence à calmer le jeu et à arrêter de prendre en otage l’économie mondiale. D’où l’importance du rôle du Pakistan et de ses alliés – qui parlent aux deux protagonistes – afin que la raison finisse par l’emporter dans les meilleurs délais possibles.


