La nouvelle « Stratégie de Sécurité Nationale » de Trump

12.12.2025 - Regard d'expert

Les Etats-Unis ont publié un document de 33 pages définissant cette nouvelle stratégie de sécurité, qui exprime clairement les priorités du président américain.

L’élément le plus évident est la confirmation d’une approche nationaliste qui conditionne tout aux intérêts des Etats-Unis. “America First” est le leitmotiv, avec une précision intéressante : “Les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts”.

Il est dit par ailleurs que Washington ne recherche pas une domination permanente du monde et s’oppose aux “paris destructeurs du globalisme et du libre échange”. L’objectif de la nouvelle stratégie de sécurité est donc de protéger le pays de menaces diverses et de consacrer la domination économique, financière, militaire, technologique et culturelle des Etats-Unis.

L’élément nouveau du document est ce qui est appelé le “corollaire Trump à la doctrine Monroe”  relatif à la stabilité de l’hémisphère occidental : il affirme la nécessité de contrôler les ressources stratégiques et les voies d’accès dans la zone, mais aussi de renforcer l’influence des Etats-Unis – notamment économique – en Amérique Latine.

Parmi les atouts de Washington, est cité le réseau d’alliances dans les régions les plus stratégiques du monde. Le président Trump s’attribue les mérites d’une politique pragmatique – avoir de bonnes relations avec des pays dont les gouvernements et les sociétés diffèrent des Etats-Unis – et d’une diplomatie non conventionnelle au service d’”America First”, en créant de nouveaux amis par une politique de paix. Il est intéressant de noter que parmi les huit « succès diplomatiques » (relatifs) revendiqués par le président Trump ne figure pas le dossier ukrainien…

Le document souligne que la force est le meilleur deterrent et qu’il faut préserver partout la primauté des Nations. Il est précisé que les Etats-Unis doivent empêcher l’érosion de leur souveraineté par les organisations internationales et par l’émergence d’adversaires dominants. L’Amérique doit aussi être traitée de façon équitable, en n’acceptant plus de payer pour la défense d’autrui et en imposant des tarifs douaniers, afin de réduire les déséquilibres commerciaux et réindustrialiser le pays.

Parmi les autres objectifs de la nouvelle stratégie de sécurité, il y a évidemment la lutte contre l’immigration de masse et la négation du changement climatique, mais aussi la volonté de “s’opposer aux restrictions des libertés en Europe, dans l’anglosphère et dans le reste du monde démocratique”… Il y a aussi le refus de toute dépendance des Etats-Unis dans les « composantes vitales » à la défense et à l’économie du pays. Il est par ailleurs précisé que la défense américaine doit prendre en compte le développement des drones et missiles à bas coût. En résumé, il convient de maintenir la prééminence économique et technologique américaine, qui est « le moyen le plus sûr de prévenir un conflit de grande ampleur dans le monde ».

S’agissant des relations des Etats-Unis avec certaines régions, outre la protection de l’hémisphère occidental, une mention particulière est réservée à deux zones :

  • L’Indo-Pacifique, qui est vital pour la liberté de circulation navale dans la région. Il convient donc d’encourager les alliés de la « First Islands Chain » (Japon, Corée, Taïwan, Philippines, Indonésie, Australie) à faire plus pour la défense collective dans la zone afin d’empêcher la Chine de contrôler la mer de Chine du Sud et de modifier le statu quo à Taïwan.
  • L’Europe, qui est critiquée pour l’insuffisance de ses dépenses militaires, sa stagnation économique, ses régulations « étouffantes », son « effacement civilisationnel » du fait d’une immigration massive, le déficit des naissances et enfin sa censure des oppositions politiques. En y ajoutant la faiblesse de ses gouvernements minoritaires, il est jugé normal que les Européens perdent confiance en eux-mêmes. Mais l’Europe reste vitale, stratégiquement et culturellement, pour les Etats-Unis. C’est la raison pour laquelle – à propos de l’Ukraine – Washington «  entend gérer les relations de l’Europe avec la Russie afin d’éviter un conflit »… Le document souligne par ailleurs que les Etats-Unis veulent plus ouvrir les marchés européens aux produits américains et qu’ils sont « optimistes sur l’influence grandissante des partis patriotiques »… La tonalité générale vis-à-vis de l’Europe est donc celle d’un mélange de mépris et de paternalisme.

Le Moyen Orient est jugé désormais moins important pour les Etats-Unis, du fait de la diversification énergétique dans le monde et parce que Washington y a aujourd’hui « la position la plus enviable », en raison de l’affaiblissement de l’Iran et ses proxies, mais aussi de la revitalisation de ses relations avec le Golfe. Cette région deviendra en fait une source croissante d’investissements et d’industries diversifiées ( nucléaire, Intelligence Artificielle, technologies de défense) intéressant les Etats-Unis. Il convient donc de ne pas inciter les pays du Golfe à abandonner leurs traditions et leurs régimes monarchiques .

L’Afrique pour sa part est le parent pauvre de la nouvelle stratégie : elle a droit à trois paragraphes pour indiquer que les Etats-Unis doivent passer d’une politique d’aide à une relation de commerce et d’investissement.

La nouvelle stratégie de sécurité américaine – un document d’une qualité intellectuelle médiocre – a au moins le mérite d’une grande clarté sur la vision du président Trump : les Etats-Unis doivent conserver leur prééminence globale, la Chine est le principal danger qu’il faut contenir (technologiquement et en mer de Chine du Sud), Washington réaffirme et étend la doctrine Monroe, l’Europe reste un partenaire important mais décadent et qu’il faut gérer dans sa relation avec la Russie, le Moyen Orient est moins important pour les Etats-Unis mais les pays du Golfe représentent un marché intéressant pour les Etats-Unis, et l’Afrique est un marché à considérer.

A défaut de définir une véritable stratégie de sécurité, ce texte est en tout cas un avertissement aux partenaires des Etats-Unis sur les intentions du président Trump.

Bertrand Besancenot
Bertrand Besancenot est Senior Advisor au sein d’ESL Rivington. Il a passé la majorité de sa carrière au Moyen-Orient en tant que diplomate français. Il est notamment nommé Ambassadeur de France au Qatar en 1998, puis Ambassadeur de France en Arabie Saoudite en 2007. En février 2017, il devient conseiller diplomatique de l’Etat puis, après l’élection d’Emmanuel Macron en tant que Président de la République, Émissaire du gouvernement du fait de ses connaissances du Moyen-Orient.